Histoire et développement
Le parcours de la tésamoréline va d'un laboratoire canadien à une ordonnance américaine, avec en chemin un non ferme venu d'Europe.
Un problème né d'un succès
À la fin des années 1990, les trithérapies avaient transformé une infection mortelle en maladie chronique. Les médecins ont alors vu apparaître chez certains patients un nouveau problème : de la graisse qui s'accumulait au fond de l'abdomen pendant que le visage et les membres s'amincissaient. On l'a appelé lipodystrophie, et cela inquiétait à la fois pour le cœur et pour la façon dont les gens se sentaient dans leur corps.
TH9507 prend forme
Des recherches antérieures avaient associé ce type de graisse abdominale à une moindre libération d'hormone de croissance. Theratechnologies, à Montréal, travaillait sur une forme stabilisée de GHRH, codée TH9507, et y a vu une piste. Augmenter l'hormone de croissance par l'hypophyse semblait plus sûr que d'injecter l'hormone elle-même.
Deux grands essais
Deux essais de phase 3 ont recruté plus de 800 adultes vivant avec le VIH, dans des centres de plusieurs pays. Les premiers résultats ont paru en 2007 dans le New England Journal of Medicine. La graisse viscérale diminuait, les lipides sanguins s'amélioraient et, après un an, les gains se maintenaient tant que le traitement continuait.
Approbation américaine sous le nom d'Egrifta
Le 10 novembre 2010, la Food and Drug Administration américaine a approuvé la tésamoréline, vendue sous le nom d'Egrifta, pour réduire l'excès de graisse abdominale chez les personnes vivant avec le VIH et atteintes de lipodystrophie. C'était le premier médicament approuvé dans ce but. EMD Serono, filiale du groupe allemand Merck KGaA, en a d'abord assuré la vente aux États-Unis.
L'Europe dit non
Le laboratoire espagnol Ferrer a déposé une demande auprès de l'Agence européenne des médicaments en mai 2011. Les évaluateurs se demandaient si un tour de taille réduit signifiait vraiment une meilleure santé, contestaient le seuil utilisé pour sélectionner les patients et s'inquiétaient des taux élevés d'IGF-1 et de l'absence de données de sécurité à long terme. Ferrer a retiré sa demande le 21 juin 2012.
Nouvelles versions et nouveau propriétaire
Santé Canada a approuvé Egrifta en avril 2014. En 2018, une nouvelle version américaine, Egrifta SV, est arrivée avec d'autres consignes de préparation et de conservation, puis en mars 2025 la FDA a approuvé Egrifta WR, une autre formulation qui la remplace peu à peu. En septembre 2025, Theratechnologies a été racheté par une filiale de Future Pak, un fabricant pharmaceutique américain privé.